Le manuscrit de Pythias

 

Partie 1: La chambre du diable

Partie 2: Rébus et le loup garou de Londres

Partie 3: Le gardien du feu

La chambre du diable

Rébus s’était allongé sur son lit, prêt à sombrer dans le sommeil. La soirée avait été animée et arrosée, celui-ci ne serait pas long à le surprendre, du moins l’espérait-il. Il ne se sentait jamais à l’aise au moment du coucher, cet instant où les ténèbres de la nuit pénétraient dans la pièce, le surprenant dans une demi conscience, entre éveil et rêve. Il essayait bien de se raisonner, se traitant d’imbécile d’avoir peur du noir comme un gamin de cinq ans. Mais rien n’y faisait, c’était chaque soir la même angoisse. Pour se rassurer, il expliquait cette crainte par l’accumulation des nouvelles responsabilités qu‘il lui fallait assumer depuis qu‘il avait quitté sa famille pour suivre ses études à l‘université. Pourtant, comme chaque fois qu’il tentait de rendre la situation un peu plus rationnelle, ses émotions l’assaillaient et sa peur reprenait le dessus.

Tandis que ses yeux scrutaient l’obscurité, il se disait pour la énième fois que c’était cette maudite chambre qui le mettait dans cet état. Dès qu’il en franchissait le seuil, il sentait d’étranges pulsions s’emparer de lui, comme s’il devenait un autre, comme si cette chambre était dotée d’une âme, comme si elle avait la volonté de le changer en un être sombre et violent. Il ne pouvait lui échapper. Il se sentait prisonnier des murs, compressé entre le parquet de bois et le plafond bas de la pièce. Il comparait souvent sa chambre à La maison du diable, ce film qu’il avait si souvent regardé pendant son adolescence. Il riait jaune face à son humour noir, ce qui paradoxalement ne faisait qu’augmenter son angoisse.

Rébus et le loup garou de Londres

Il entendit un bruit : un léger grattement contre la porte. Il n’y prêta pas attention, sentant la fatigue l’emporter lentement. Il sursauta, le bruit s’était transformé en trois coups fermes.

" Tu m’ouvres Pythias…"

Il reconnut immédiatement la voix feutrée de sa voisine Rosine. Une fille étrange mais particulièrement belle, qui s’obstinait à l’appeler Pythias depuis son arrivée sur le campus. Il avait beau lui expliquer qu’il s’appelait Rébus et qu’il tenait à son prénom, aussi stupide pouvait-il paraître. Elle lui répondait toujours d’un petit sourire narquois et lui lançait moqueuse: « Bien sûr Pythias! » .

Rosine s’imposa dans sa chambre, sans même qu’il n’ait pu réagir. Il se sentait vaseux sous les effets de l’alcool et s‘assit sur le lit pour ne pas s‘affaler sur le sol. Elle ne parut pas s’en soucier, elle faisait le tour de la pièce, observant chacun de ses recoins. Rébus regardait ses longs cheveux noirs flotter au fil de ses pas. La jeune fille ayant fini son inspection, se dirigea vers lui en plongeant son regard dans le sien. Rébus frissonna, envoûté par l’aura de mystère qui l‘entourait. Il ne bougea pas quand elle se lova contre lui et que ses mains se mirent à parcourir sa peau nue sous son T-shirt. Ses poils se hérissaient au contact de ses doigts.

« Pythias, mon cher, songe aux délices qui t’attendent si tu te montres coopératif »

Elle le repoussa, alors qu’il approchait sa bouche vers la sienne.

« Patience! D’abord le manuscrit…où est-il?

- Le manuscrit répéta Rébus hébété, il ne comprenait pas de quoi elle parlait.

Allons, ne joue pas au plus fin avec moi, ne fais pas semblant de ne pas comprendre…

- Mais je ne sais pas de quoi tu parles, je t’assure…

Non! Est-ce possible? s’exclama-t-elle surprise. Eh bien voilà qui est intéressant, ce sera plus facile que je ne le pensais. Te voilà bien inoffensif mon cher Pythias. Allons, laisse moi faire ce ne sera pas long, juste un peu douloureux…» 
Et sur ces paroles énigmatiques, elle éclata de rire. Rébus ne pouvait détacher ses yeux de Rosine, elle semblait prise d’une soudaine d’hystérie. Elle était d’une beauté à la fois effrayante et attirante. Il n’aurait su dire s’il devait fuir ou l‘enlacer. Aussi, il resta immobile quand ces mains remontèrent les courbes de son torse, puis de son cou et s’arrêtèrent sur ces tempes. Elle effectua une brusque pression, Rébus eut l’impression que ses ongles pointus lui transperçaient la tête. La douleur fut intense mais cessa dès l’apparition des premières images. Elles défilaient bien distinctes dans son crâne, comme un rêve éveillé. Rosine regardaient dans ses yeux, véritables fenêtres de son âme, le déroulement de ce film dont il était l’acteur principal. Rébus se voyait bouger dans la chambre, sauf qu’elle était décorée différemment, de manière plus raffinée, avec des bibelots de valeur sur les meubles, des peintures sur les murs et des rideaux de velours rouge ornant de larges fenêtres de bois. Il n’était pas tout à fait le même non plus. Il avait l’air plus âgé, avec les cheveux grisonnants par endroits et quelques rides naissantes. Ses yeux marrons prenaient dans la lumière du jour une teinte jaune dorée. Sa tenue vestimentaire était également inhabituelle. Il portait un pantalon de toile noire et une élégante redingote portée sur une chemise blanche, une cravate et un gilet gris. Rien à voir avec son jean et son T-shirt actuels. Il semblait qu’il s’agissait de lui, mais à une autre époque, dans une autre vie. Les images s’accélérèrent pour se fixer sur un moment précis. Rébus distingua dans les mains de l’autre lui même, un manuscrit. Il put lire sur la première page « Manuscrit de Pythias, loup garou de Londres ». Soudain frappé d’un éclair de lucidité, il comprit. Il se souvint de cette vie antérieure, de ce passé trouble, où il était un loup garou Londonien. Il sut également qu’il ne devait pas céder au démon qui lui faisait face et qui essayait de retrouver le manuscrit à travers ses souvenirs, pour délivrer son maître, le gardien de feu. Il se ressaisit vivement, bloqua son esprit et eut un sourire ironique, devant l’air apeuré de Rosine.

« Heureux de te retrouver dans cette vie Rosine, ma très sanglante voisine. Désolée de ne pas t’avoir reconnue plus tôt, je sais que ce n’est pas très élégant, mais ma mémoire me fait parfois défaut… » Il s’exprimait avec un flegme typiquement londonien.

Livide, la jeune fille recula et en une fraction de seconde se transforma en chauve souris. Elle s’enfuit par la fenêtre ouverte.

«  N’aie crainte ma chère, nous nous retrouverons » lança Rébus d’une voix étonnement grave. Il jeta un œil à sa tenue, soupira avant d’aller se recoucher. Il lui faudrait aller acheter un costume, dès le lendemain matin. Il s’endormit, dès qu’il ferma les yeux. Inutile de s’encombrer de ses craintes antérieures, un loup garou ne tremble jamais, même pas en présence du diable.

Le gardien du feu

Le gardien du feu trépignait de rage et enflammait chacune des particules de la chambre. Le feu blanc et sans vie s’éteignait dès qu‘il entrait en contact avec la matière. Cette impuissance attisait encore sa haine. Cette imbécile de Rosine avait ravivé les souvenirs de Pythias! Elle aurait pu agir avant, quand il était vulnérable et inoffensif. Mais elle n’avait même pas senti sa présence. L’incapable! Il resterait prisonnier des murs de cette chambre pour l’éternité, condamné à tourner en rond, en les parcourant en tous sens. Il devrait continuer à regarder son pire ennemi vivre tranquillement sans pouvoir le tourmenter. Il ne pourrait plus désormais se délecter de sa peur. C’était pour lui un véritable enfer…


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Voici les titres de livres proposés par Ecriture Ludique (but de l'exercice, les insérer dans un texte, en utiliser au moins vingt): Camisole Cendrillon Chambre du diable Colère blanche Collègue tatouée Conjuration du 3ème ciel Cri de l'ombre Cui prodest (à qui le crime profite) Eau du diamant Eightball boogie Franc jeu Gardien du feu L'ange oublié : la cour royale Lacrima christi Chant de l'océan Le guérisseur et la mort Le temps n'est rien Le 3ème secret Ma soeur, ce boulet Macao blues Manuscrit de Pythias Mort de trouille Ombres mortes Paternel à mort Petit assassin Promesse du samouraï Rébus et le loup-garou de Londres Genèse : rupture dans le réel Sacrilège à Rome Sang et lumière Le secret de Moën Le temps des poisons La terre écorchée Toile sanglante Ursua
J'ai surligné en vert les titres que j'ai inséré dans mon texte (24 sur les 35)


 Vern avale son Macao blues, le huitième de la soirée. L’ivresse parvient à peine à lui embrouiller les sens. Il n’arrive jamais vraiment à lâcher prise, alors qu'il souhaite par-dessus tout oublier. Sa vie passée, son futur interminable. Le temps n’est rien, prétendent les uns, pour lui il est éternité… Les hommes rêvent de fontaine de jouvence, de jeunesse éternelle. Pourtant, il n’y pas plus triste destinée que celle des immortels, condamnés à errer en ce monde tels des ombres mortes. Vern mène sa sombre existence, constamment partagé entre beauté et noirceur, entre sang et lumière…Dilemme récurrent de ses soirées sans joie et sans but.
 
Il jette un œil à jolie brune qui le cherche du regard depuis le début de la soirée. Il constate avec amertume qu’il ne s’agit que d’une Cendrillon de bas étage qui cache ses soucis et sa fatigue par un maquillage abusif et outrancier. Il se dit que tout n’est décidemment qu’apparence dans ce monde de futilités. Il se désole de la bêtise humaine: disposer de si peu de temps et si mal en profiter…A quoi bon prolonger leur vie? Il pourrait leur livrer le secret de Moën, son père d’immortalité, ultime détenteur du troisième secret. Son paternel à vie ou plutôt paternel à mort…D’une morsure, il a changé sa vie. D’une morsure, il pourrait changer la leur, s’il le voulait... Mais il ne le désire pas. Que ferait-il d’eux? De petits assassins sans envergure. Des sauvages assoiffés de sang, destructeurs et dangereux, menaçant l‘équilibre établi. Quel intérêt y trouverait-il? Ses prédécesseurs l’ont bien souvent mis en garde contre les dangers d’une fratrie trop étendue. Moën lui a raconté l’histoire d’ Ursua, ancêtre de l’antiquité, ayant commis un tel sacrilège à Rome. Ces « enfants », créatures vampiresques viles et stupides s’étaient tout simplement retournés contre lui. C’était le temps des poisons. Quelques gouttes del’eau du diamant de lumière dans son vin suffit à sa chute. Ses créatures sans vergogne firent ensuite régner le chaos sur le monde des hommes. L’affaire avait même nécessité l’intervention du Gardien du feu en personne, alors en proie à une colère blanche. Vern a lu dans les manuscrits de Pythias, que la bête a laissé au passage de ses pattes griffues, une terre écorchée et saignante. Ce récit fascinant lui a inspiré une toile sanglante, qu’il a appelé le cri de l’ombre

Vern se commande un autre Macao, le neuvième et dernier. Il se retourne vers la brune pour constater son départ. Elle n’était pas encore prête pour visiter la chambre du diable. Demain peut être…A moins qu’il ne se décide à accepter l’invitation de Rébus et le loup- garou de Londres au Eightball boogie, à moins qu’entre temps, il ne rencontre le guérisseur... et la mort. Il est le seul être capable de le délivrer de sa grotesque existence par son subtil enchantement qui prend sa source dans le chant de l’océan … Vern soupire en sortant du bar, la nuit est à lui, aussi froide et sanglante que le cri de l’ombre.


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Le chemin

 

Quand Vern ferme les yeux, le chemin se dessine devant lui long et sinueux. Il lui suffit de les rouvrir pour le faire disparaître et retrouver les murs bleus pâles de sa chambre. Pourtant l’image est toujours là, planant à l’orée de ses pensées, attendant patiemment derrière ces paupières.

Vern est intrigué par ce paysage fantôme qui hante son esprit. Il cherche sa signification, la raison de sa présence tenace. Est-ce un souvenir ressurgi de sa mémoire où un rêve éveillé? Il ne sait plus…Et plus il cherche les réponses à cette question, plus la vérité semble lui échapper. Le chemin devient peu à peu obsession.

Allongé sur son lit, Vern ferme les yeux plus longuement, afin d’explorer le chemin à son aise. Il y avance dans un état second, happé par sa force attractive. Sa marche est hypnotique, il n’a pour seul guide que les courbes ondulantes du sentier caillouteux. Où veut-il le mener? Au plus profond de lui même? Jusqu’au mal qui l’habite pour l’aider à le maîtriser? Est-il la réponse à son esprit torturé, la solution à son existence délavée?

Vern est fatigué et en a assez de réfléchir. Il décide qu’il est temps pour lui d’arrêter de se poser des questions. Il se détend, puis coupe mentalement les derniers liens qui l'attachent encore à la chambre bleue.

Le chemin lui fait un accueil quasi fusionnel. Tout paraît si réel. Vern pourrait presque toucher l’écorce striée des arbres qui bordent le sentier. Sous ses pieds une multitude de petits gravillons s’entrechoquent, provoquant à chacun de ses pas un bruissement léger. Des effluves d’herbe et de menthe l’effleurent doucement, l’invitant à une ballade olfactive envoûtante. Les couleurs s’associent en harmonies visuelles intenses. Au vert des herbes hautes se marie le rouge flamboyant des coquelicots en fleur. La lumière du jour s’infiltrant dans le feuillage des arbres éclaire de multiples teintes qui oscillent du vert doré au vert profond . Pourtant Vern ne les touche pas, ne les entend pas, ne les voit, ne les sent pas. Ses sens sont inertes, comme en état de sommeil. Ces couleurs, ces fragrances, ces textures traversent son être comme touchant  son esprit en une douce caresse. Elles sont de petits plaisirs au pouvoirs apaisants et curatifs qui pansent les plaies de son âme meurtrie. Vern réalise qu’il s’est tout simplement libéré du carcan d’un corps encombrant, pour laisser voguer son esprit au fil d’un chemin finalement bien plus réel qu’il ne le pensait.

Soudain, un mot émerge et s’impose comme une évidence, interrompant quelques fragments de secondes son voyage immobile. Ce mot, liberté.

 

 

 


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   Rêveuse incorrigible, j'ai élu domicile sur la lune  depuis ma plus tendre enfance. Découvrez mon univers et mes chimères... et si la promenade vous plaît, franchissez  Les portes du Merveilleux pour découvrir des mondes hors du commun.
MALKA


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