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Astrid venait de trouver refuge sur la petite terrasse face à la mer, pour y chercher un peu de calme et de solitude. Confortablement installée sur une chaise longue, elle avait posé négligemment un gilet sur ses épaules, afin de se protéger de la douce brise qui se levait. La lumière du jour faiblissait au fur et à mesure que le vague à l‘âme  l‘envahissait. Cette tristesse était un sentiment, qui lui semblait familier, presque rassurant. Elle l’acceptait et même l’accueillait sans appréhension, comme une partie d‘elle-même, qu’il lui fallait assumer sans réserve. Dans ces moments, elle ressentait toujours le besoin de sortir pour partager son chagrin et ses soucis avec la nature environnante. Elle ne se sentait pleinement elle-même que visage au vent, humant les effluves maritimes ou forestières, laissant l’empreinte de ses pieds nus dans le sable ou dans la terre, parcourant des yeux d’immenses étendues dorées ou boisées. Lorsqu‘elle ouvrait sa conscience aux éléments, elle trouvait la sérénité et l‘énergie qui lui étaient nécessaires.

Blottie sur la chaise, la jeune femme regardait le crépuscule prendre place sur la plage. Elle aimait particulièrement cet instant, quand le jour s‘esquive lentement, mais refuse de céder place à la nuit, délicate transition entre lumière et obscurité. A cette heure, le soleil se couchait et rejoignait la mer pour une union éphémère entre l’eau et le feu. L’astre incendiaire embrasait les flots ondulants, leur donnait les teintes de l’or étincelant et de l’orange flamboyant, se confondait avec eux pour une ultime étreinte, avant de s’éteindre dans les bleus sombres de sa mouvante compagne. Immobile et rêveuse, les yeux rivés sur les reflets changeants de la mer et des cieux, Astrid ne perdait pas une miette de ce ballet improvisé.

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Mon escapade Irlandaise a été rythmée par les albums de The Corrs!


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Il pleuvait sur la ville de Donegal depuis le début de la matinée.De sa chambre, Orianne observait la chute d’une multitude de fines gouttelettes. Elles formaient un rideau fluide, dansant et ondulant  devant sa fenêtre ouverte. Il y avait bien longtemps, qu’elle n’avait pas pris le temps de regarder tomber la pluie. Au plus loin qu’elle se souvenait, cela devait remonter à sa plus tendre enfance.Elle savourait sans retenue ce bonheur simple de la vie. C’était si bon de rester assise, visage au vent et de ne penser à rien. Il lui suffisait juste de laisser son regard voguer le long des courbes vertes des collines avoisinantes, de se laisser bercer par le rythme régulier et le bruissement léger des averses successives. S’évader, oublier sa propre existence dans la contemplation des paysages apaisants qui s’offraient à elle…c’était exactement ce dont elle avait besoin.

Les ondées et les paysages sauvages qui s’étendaient devant les yeux de la jeune femme étaient l’essence même de l’Irlande. Ils lui donnaient ce charme si unique et caractéristique.Ils exerçaient sur elle une extrême fascination, comme un envoûtement et devenaient presque une obsession. Ceci inquiétait d’ailleurs sa mère, qui ne comprenait pas sa passion pour ce pays. Elle le lui avait signifié une fois encore le matin même au téléphone: « Tu vois ma fille, je te l’avais bien dit, en Irlande il pleut tout le temps ! Comme tu dois t’ennuyer ma chérie !». Sa voix alliait un mélange subtil de reproches retenus et de sollicitude à peine masquée.Bien sûr, elle avait compris l’envie de partir de sa fille, même si cela ressemblait plus à une fuite qu’à de véritables vacances. Il  fallait qu’elle prenne du recul par rapport à son divorce. Son mariage avait été un désastre. David l’avait trompée, humiliée, détruite à petit feu. Il était nécessaire et même vital, qu’elle prenne un peu de temps pour elle-même pour pouvoir accepter, oublier, se reconstruire et enfin envisager un avenir meilleur…

Si sa mère approuvait ce voyage, c’était la destination qui la laissait sceptique. « Mais pourquoi l’Irlande ? lui avait-elle demandé avant son départ, d’un air contrarié. Choisis plutôt un pays ensoleillé où tu pourras aller à la plage, rencontrer du monde, et rentrer bronzée. Pourquoi vas-tu t’enterrer dans une région déserte, où il pleut tout le temps ? »

Pourquoi l’Irlande …comment aurait elle pu répondre à sa mère ? Elle n’arrivait pas à s’expliquer  cette envie soudaine, cet attrait irrésistible… Que signifiait ce besoin étrange de retrouver ses racines dans un pays qui lui était totalement inconnu ? D’où lui venait cette certitude qu’elle y trouverait la paix qu’elle recherchait ?

Son arrivée à Donegal ne lui avait pas encore donné de réponses. Mais, les paysages magnifiques, la tranquillité de l’auberge et la gentillesse des propriétaires avaient largement contribué à son bien être. A peine installée, elle avait ressenti une douce quiétude l’envahir. Elle avait fait le bon choix, elle en était sure…

 

 

Quand elle sortit, un air frais et vivifiant vint l’accueillir, caressant son visage et ses mains dénudées… La jeune femme resta immobile, quelques instants, s’imprégnant de la douce fraîcheur ambiante. Puis elle partit d’un pas vif et décidé.

 

L’auberge se situait à la périphérie de la ville de Donegal, près des rives de l’Eske. Tournant le dos au centre-ville, itinéraire pourtant conseillé par l’aubergiste, Oriane prit la direction du nord, espérant trouver la charmante petite promenade, présentée dans son guide touristique. Elle n’avait que faire du château et des églises! Elle ne souhaitait pas se retrouver parmi une foule de touristes amoureux de vieilles pierres et de révélations historiques. Elle n’était pas là pour visiter des monuments… Mais pourquoi était-elle là finalement ? Elle n’aurait pas su le dire…

  Oriane trouva rapidement un petit chemin dessiné dans l’herbe mouillée, qui longeait la rivière. Il était un peu boueux mais représentait le meilleur moyen de flâner sans se soucier des directions à prendre et sans risquer de se perdre. La jeune femme l’emprunta et se laissa aller au sentiment de liberté qui la gagnait peu à peu. Elle avait l’impression étrange de se trouver enfin, comme si elle marchait dans la voie qui était tracée pour elle depuis toujours. Elle eut alors le sentiment que toute sa vie se déroulait devant ses pieds, le long de ce chemin, comme si tout ce qu’elle avait vécu auparavant n’avait aucune importance. Elle reconnu ce sentiment, cette sensation d’oubli qui s’était emparé d’elle pendant qu’elle regardait la pluie. Cette perte de repères était à la fois effrayante et enivrante.
En proie au trouble, Orianne continuait d’évoluer dans une nature, d’une couleur verte aux nuances innombrables. Ces teintes omniprésentes, des collines aux prés bordant les rives de l’Eske, donnaient au paysage un aspect unifié et illimité. Les lumières changeantes du ciel Irlandais y ajoutaient, une note de mystère et un magnétisme, qui attiraient la jeune femme.Elle sentait son esprit se dénouer peu à peu et s’abandonner totalement à la magie des lieux. 

 Après une vingtaine de minutes de marche, elle aperçut enfin le sous bois dont parlait le guide touristique. Reprenant ses esprits, elle accéléra le pas pour le rejoindre.

Le petit chemin continua de la guider parmi les arbres. Elle se laissait mener, happée par le spectacle extraordinaire, qui l’attentait dans le bois. Entouré d’arbres protecteurs, le cours d’eau très peu profond en cet endroit, laissait libre cours à ses flots capricieux.  Des éclats de  lumière dansaient dans le feuillage des arbres et habillaient la rivière de reflets scintillants. Les cailloux et rochers, laissés à nus ou recouverts d’un mince filet d’eau, sublimés par ce halo semblaient d’or et d’argent.

Cette féerie laissa Orianne bouche bée. Mais l’émerveillement laissa place à une étrange évidence : elle connaissait ces arbres imposants, cette eau limpide et  mouvementée aux reflets dorés.Elle était déjà venue ici. Orianne ne pouvait expliquer d’où émergeait ce sentiment, mais c’était une certitude, elle reconnaissait cet endroit. Mais comment était ce possible ! C’était la première fois qu’elle y venait… 

 Elle entendit une voix du fin fond de son rêve éveillé. Elle lui semblait familière.

 «  Marie ? Marie est ce bien toi ? »

 Marie ? Oui, elle s’appelait bien marie…mais pas dans cette vie, dans la précédente…maintenant elle s’appelait Orianne. Tout était si flou !

 «  Non Orianne, parvint-elle à prononcer dans un souffle. »

 Elle leva les yeux vers son interlocuteur. C’était un inconnu aux cheveux blonds et aux yeux doux dont la couleur était aussi changeante que le ciel d’Irlande… Au fond d’elle-même, son cœur lui disait qu’elle le connaissait depuis toujours.

 « J’étais Marie…enfin je crois. Puis réalisant ce qu’elle venait de dire elle ajouta : vous devez me prendre pour une folle !  »

 L’homme ne lui répondit pas, la regardant intensément. Soudain il lui prit la main et lui fit signe de le suivre. Elle ne résista pas, elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance. Il l’emmena hors du sous-bois, où dominaient de nouvelles collines, puis il lui montra du doigt les ruines d’une ancienne chaumière.

Ce fut un choc pour Orianne. La jeune femme fut submergée par les souvenirs… Cette chaumière était à eux. Marie et Tom, c’est ainsi qu’ils se prénommaient tous deux. Ils étaient mari et femme et avaient trois beaux enfants. Ils y menaient une existence simple et heureuse, proche de la nature, remplie des petits bonheurs de la vie quotidienne. Ils s’aimaient profondément et à la fin de leur heureuse existence, ils s’étaient tous deux promis de se retrouver, dans un autre monde ou dans une autre vie…

Orianne se tourna vers celui qui fut son mari pendant si longtemps en songeant, que sa vraie vie allait enfin pouvoir commencer…

 


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Pour la nouvelle Rendez vous àLutèce (catégorie: Au fil de mes écrits: textes et nouvelles) cette chanson de Kaolin (leur album Mélanger les couleurs est super)


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Rendez-vous à Lutèce

 

Cathy aurait pu ne pas lire ce message. Elle aurait pu l’ignorer, le laisser se noyer dans le flot des courriers électroniques qu’elle recevait régulièrement. Elle aurait pu le supprimer sans le lire et le laisser se perdre à jamais. Elle aurait pu continuer à vivre sa vie tranquille et sans histoire et rester dans l’ignorance la plus totale. Elle aurait pu…mais elle le lut, et toute son existence en fut chamboulée.

Ce fut le nom de l’expéditeur qui interpella la jeune femme: Apollon. Il ne correspondait à aucune de ses connaissances. Elle trouvait ce pseudo particulièrement ringard et présomptueux pourtant, l’intitulé de l’objet « Rendez-vous à Lutèce » attisa sa curiosité. Quand elle ouvrit le message, une lettre apparut sur l’écran de son ordinateur portable. Elle lui était adressée.

Cathy,

Cathy aujourd’hui, Sirona autrefois, pourtant le temps qui passe ne te change pas. Je t’ai reconnue dès le premier regard et les sentiments ont ressurgi, tel le sphinx qui renaît de ses cendres. Je te retrouve enfin et il me tarde de te serrer dans mes bras pour sentir à nouveau le parfum fruité de ta peau, effleurer ta joue rose et tiède et passer la main dans tes longues boucles brunes…Sirona ma douce, Sirona ma tendre amante du passé… Oseras-tu redevenir celle que tu étais autrefois ? Pourras-tu rechercher, enfouis au plus profond de ton être, les sentiments qui t’animaient alors ?

Nos retrouvailles sont proches. Je t’attendrai, je saurai être patient…

Et quand tu te sentiras prête à te mettre en quête du passé, ton initiation pourra commencer. A Lutèce, sur le Cardo Maximus, Alain répondra à tes questions afin que tu trouves la voie. Ne manque pas ce rendez-vous…ne tourne pas le dos à ta destinée.

A très bientôt, avec tout mon amour.

Apollon…

Cathy posa l’ordinateur sur son bureau et s’allongea sur son lit. Elle ne savait que penser de ce mystérieux message. Dans un premier temps, elle se dit qu’il ne pouvait s’agir que d’un canular. On voulait lui faire croire à un admirateur secret et à une histoire d’amour rocambolesque.

« Deux êtres réincarnés dont l’amour brave les affres du temps pour renaître de ses cendres, et puis quoi encore! », s’exclama-t-elle d’un ton condescendant comme pour se persuader qu’un tel miracle ne pouvaient exister. Sa phrase s’éleva dans le silence de la chambre, laissant planer une atmosphère étrange.

En réalité, la jeune femme était beaucoup plus troublée qu’elle ne voulait l’admettre. Elle était touchée par cette lettre teintée de sensibilité et de délicatesse. La déclaration simple et passionnée de cet homme amoureux l’avait profondément émue.

Tandis qu’elle laissait ses songes voguer au fil des mots qu’elle venait de lire, un doute s’insinuait progressivement dans ses pensées, la coupant peu à peu de la réalité. Un cri d’espoir retentissait dans son esprit, insufflant l’incertitude et la confusion. Une voix au plus profond d’elle-même semblait vouloir lui prouver que ce rêve éveillé pouvait devenir réalité… Cette idée fit disparaître en elle toute résistance. Sa décision était prise, elle se sentait tout à fait prête pour ce rendez-vous. Tant pis si elle allait droit au devant d’une déception. Une partie d’elle-même ressentait l’envie de croire à cet espoir fou, comme le besoin d’un retour aux sources. Il était temps pour elle de faire confiance à son instinct. Aussi, pour donner une existence concrète à ce rêve, elle entreprit de glaner des renseignements complémentaires sur le net.

La jeune femme lança ses recherches. Elle connaissait déjà Apollon, dieu romain des arts, de la musique et de la poésie, mais elle découvrit qu’il possédait également le statut de dieu guérisseur. Sirona, divinité vénérée par les Gaulois, était sa correspondance féminine. Ils étaient tous deux associés et honorés par les Gallo-romains pour leur pouvoir de guérison et leur passion de la beauté. Seuls quelques sites de passionnés du genre évoquaient une liaison entre eux.

Cathy s’intéressa ensuite au Cardo Maximus. Elle apprit qu’il correspondait à un axe Nord-Sud, point de départ de la construction des villes Gallo-romaines. Ceci expliquait sans doute le choix de Lutèce et non Paris, pour nommer le lieu du rendez-vous. Tous ces éléments historiques concordaient: Sirona, Apollon, Lutèce, le Cardo. Sans doute Apollon faisait-il allusion précisément à la période Antique quand il évoquait une quête du passé.

Il ne restait plus qu’à savoir à quelle rue de Paris correspondait le Cardo Maximus. Cette information fut rapidement accessible sur un site proposant la découverte de Paris Antique: l’ancien axe Gallo-Romain se situait dans le quartier latin et plus précisément sur l’actuelle rue Saint Jacques.

En imprimant l’ensemble des informations, la jeune femme avait la sensation d’avoir toutes les pièces d’un puzzle en main et le plus difficile restait à venir: sa reconstitution…Quelle image secrète cachait-il ? Vers quelle aventure étrange la menait-il presque malgré elle ? Ses questions ne trouveraient réponses qu’une fois sur place. La lettre précisait, que le dénommé Alain pourrait lui apporter les renseignements qu’elle cherchait…

 

Deux jours plus tard, Cathy était dans le train qui la menait sur les lieux de son mystérieux rendez-vous. Elle savait où se rendre mais, il lui restait encore un problème de taille à résoudre : sans précision du jour et de l’heure, comment pouvait-elle avoir la certitude de trouver Alain ?

La jeune femme, loin de se laisser perturber par cette idée, avait décidé de s’en remettre au destin et d’improviser une fois sur place. Bercée par le rythme régulier du roulement du train, ses pensées se tournaient vers Apollon. Elle se demandait qui se cachait derrière l’inconnu du web et quelles étaient ses intentions. Elle se posait mille questions, oscillant entre espoirs et doutes…

Arrivée en Gare du Nord, elle dût reprendre ses esprits pour se concentrer sur son itinéraire. A sa sortie du train, elle fut happée par le mouvement d’une foule compacte et affairée. Elle suivit ce flot humain et se dirigea d’un pas vif vers la station de métro, dont elle avait déjà consulté le plan sur Internet: avec la ligne numéro quatre, sortie Station Saint-Michel, elle descendrait non loin de la rue saint Jacques.

Quelques instants plus tard, assise sur une banquette inconfortable aux coloris acidulés, la jeune femme scrutait avec attention les noms des stations qui défilaient devant ses yeux. Ce calme apparent cachait pourtant une impatience contenue, qui grandissait au fur et à mesure que le métro approchait de sa destination et les quelques minutes de trajet lui semblèrent des heures. Le soulagement se mêla à l’appréhension, quand les portes s’ouvrirent enfin sur la station Saint-Michel.

A l’extérieur, la jeune femme prit une grande bouffée d’air, cherchant au plus profond d’elle-même le courage nécessaire pour continuer cette aventure. Puis, armée du plan de la ville pour trouver son chemin, elle avança le cœur battant vers le lieu du rendez-vous.

Une forte émotion la gagna quand elle le découvrit enfin. A la vue de cette rue, en apparence assez banale, un sentiment étrange de familiarité s’imposa dans son esprit. Elle avait la sensation confuse de reconnaître cet endroit…A la réalité, se superposaient des images floues d’un passé auquel elle appartenait. Elle avança lentement en se concentrant sur ces flashes fugitifs, qui venaient frôler sa conscience. Au fil de ses pas, celle-ci semblait s’éveiller doucement.

Soudain, ce fut le déclic. Cathy ouvrit les portes de son passé, laissant entrer dans son esprit une vérité trop longtemps oubliée. La confusion se transforma en souvenirs distincts et elle la vit, cette rue qu’elle parcourait si souvent autrefois, elle en distinguait clairement chaque détail, associant à l’actuelle rue Saint Jacques la vie antique d’un Cardo Maximus coloré et animé.

Dans cette maison, vivait le marchand d’épices et ici Alix l’herboriste vendait ses remèdes. Dans cette boucherie, Héléna tissait de riches étoffes. Et ici…Alain exposait ses poteries. Cathy venait souvent discuter avec lui, de la pluie et du beau temps. C’était un vieil homme charmant et souriant. Mais c’était un homme du passé…elle décida d’entrer tout de même dans l’atelier floral qui remplaçait aujourd’hui celui du potier.

Quand elle expliqua au jeune homme, qui servait au comptoir, qu’elle cherchait Alain, celui-ci ne sembla pas surpris et il l’accueillit avec un large sourire. Il lui dit qu’il avait quelque chose pour elle, ouvrit un grand tiroir de son comptoir et en sortit une enveloppe. Cathy la prit sans poser de questions et sourit à son tour à ce jeune homme qui lui rappelait tant le propriétaire d’autrefois. L’échange fut bref mais chaleureux. Elle sortit rapidement afin d’ouvrir en toute tranquillité ce nouveau message d’Apollon.

Sirona,

Si tu as ce message entre les mains, c’est que tu as rencontré Alain et que tu te souviens…

Te voilà donc prête pour nos retrouvailles. D’ici quelques minutes, je te rejoindrai face aux thermes du forum où nous nous sommes rencontrés pour la première fois…Je serai présent, n’ai crainte, Alain saura me prévenir de ton arrivée.

Apollon

Cathy sut d’instinct le chemin qu’elle devait prendre, elle se rappelait de l’endroit indiqué. Elle y fut rapidement et constata avec amertume qu’il ne restait aucun vestige du forum et des thermes d’autrefois…juste ses souvenirs, reflets d’un passé tout juste retrouvé.

Si les lieux étaient évocateurs, provoquant des flashes visuels très nets, ravivant dans sa mémoire des points précis de sa vie antérieure, les détails concernant son ancienne identité restaient encore flous. Qui était-elle ? Était-elle Sirona, la divinité qu’Apollon citait dans sa lettre ? Qui était-il et surtout que cherchait-il réellement ? Ces questions qui se bousculaient dans sa tête se heurtaient aux images du passé sans pouvoir apporter de réponses à son esprit embrouillé. Elle était perdue dans ses pensées quand la légère pression d’une main posée sur son épaule lui fit reprendre le fil de son histoire. Elle se tourna lentement. Apollon était là, grand et élégant tout comme autrefois. Ils ne parlèrent pas, mais se regardèrent intensément. Dans les yeux du jeune homme, Cathy trouva les pièces manquantes du puzzle de sa vie d’autrefois. Elle était Gauloise et s’appelait Lunéa, il était Romain et s’appelait Alexandre. Ils s’étaient rencontrés un jour de marché, devant le frontispice des thermes. Elle portait une toge d’une blancheur absolue, faisant ressortir l’éclat de ses jolies boucles brunes. Il transportait des poteries pour son ami Alain. Il l’avait salué, elle lui avait souri. Ainsi naquit leur amour, qui ne cessa de grandir au fil du temps.

Pourtant, leurs familles respectives s’opposaient à leur union, non conforme à leurs intérêts. Les deux jeunes gens refusaient de renoncer à leur amour. Ils se voyaient en cachette, se fixant des rendez vous nocturnes, s’écrivant des lettres enflammées, qu’ils échangeaient par l’intermédiaire d’Alain, leur ami et confident, leur seul et unique allié. Ils signaient toujours Apollon et Sirona, afin de ne pas se faire démasquer, au cas où quelqu’un interceptait leur courrier. Ils vivèrent ainsi, jusqu’au jour où Lunéa fut promise à un riche notable de la ville. La jeune fille ne pouvait se résoudre à accepter ce mariage, elle appartenait à Alexandre et à nul autre. S’ils fuyaient, on les aurait vite retrouvés… Puisqu’ils ne pouvaient vivre ensemble, ils avaient décidé d’en finir avec cette existence insensée…Ils pensaient que mourir serrés l’un contre l’autre permettrait à leur âme de rester unies pour l’éternité. Les thermes du forum étaient le lieu de leur première rencontre, ils furent celui de leur dernier rendez vous. C’était ici que tout avait fini et ici que tout pouvait recommencer…

Lunéa et Alexandre se retrouvaient cette fois pour un ultime rendez vous, celui de l’espoir, car aujourd’hui, ils étaient libres de s’aimer. Et dans les yeux du jeune inconnu du web, Cathy lisait toutes les promesses d’une vie future remplie d’amour et de bonheur…


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   Rêveuse incorrigible, j'ai élu domicile sur la lune  depuis ma plus tendre enfance. Découvrez mon univers et mes chimères... et si la promenade vous plaît, franchissez  Les portes du Merveilleux pour découvrir des mondes hors du commun.
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