Le chemin

 

Quand Vern ferme les yeux, le chemin se dessine devant lui long et sinueux. Il lui suffit de les rouvrir pour le faire disparaître et retrouver les murs bleus pâles de sa chambre. Pourtant l’image est toujours là, planant à l’orée de ses pensées, attendant patiemment derrière ces paupières.

Vern est intrigué par ce paysage fantôme qui hante son esprit. Il cherche sa signification, la raison de sa présence tenace. Est-ce un souvenir ressurgi de sa mémoire où un rêve éveillé? Il ne sait plus…Et plus il cherche les réponses à cette question, plus la vérité semble lui échapper. Le chemin devient peu à peu obsession.

Allongé sur son lit, Vern ferme les yeux plus longuement, afin d’explorer le chemin à son aise. Il y avance dans un état second, happé par sa force attractive. Sa marche est hypnotique, il n’a pour seul guide que les courbes ondulantes du sentier caillouteux. Où veut-il le mener? Au plus profond de lui même? Jusqu’au mal qui l’habite pour l’aider à le maîtriser? Est-il la réponse à son esprit torturé, la solution à son existence délavée?

Vern est fatigué et en a assez de réfléchir. Il décide qu’il est temps pour lui d’arrêter de se poser des questions. Il se détend, puis coupe mentalement les derniers liens qui l'attachent encore à la chambre bleue.

Le chemin lui fait un accueil quasi fusionnel. Tout paraît si réel. Vern pourrait presque toucher l’écorce striée des arbres qui bordent le sentier. Sous ses pieds une multitude de petits gravillons s’entrechoquent, provoquant à chacun de ses pas un bruissement léger. Des effluves d’herbe et de menthe l’effleurent doucement, l’invitant à une ballade olfactive envoûtante. Les couleurs s’associent en harmonies visuelles intenses. Au vert des herbes hautes se marie le rouge flamboyant des coquelicots en fleur. La lumière du jour s’infiltrant dans le feuillage des arbres éclaire de multiples teintes qui oscillent du vert doré au vert profond . Pourtant Vern ne les touche pas, ne les entend pas, ne les voit, ne les sent pas. Ses sens sont inertes, comme en état de sommeil. Ces couleurs, ces fragrances, ces textures traversent son être comme touchant  son esprit en une douce caresse. Elles sont de petits plaisirs au pouvoirs apaisants et curatifs qui pansent les plaies de son âme meurtrie. Vern réalise qu’il s’est tout simplement libéré du carcan d’un corps encombrant, pour laisser voguer son esprit au fil d’un chemin finalement bien plus réel qu’il ne le pensait.

Soudain, un mot émerge et s’impose comme une évidence, interrompant quelques fragments de secondes son voyage immobile. Ce mot, liberté.

 

 

 


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