La lune et ses chimères
Il était presque midi quand Chisna s’éveilla. Elle offrit une caresse à Esper, un sourire à Lucas, puis se dirigea lentement vers la fenêtre pour regarder tomber la neige.
_ C’est merveilleux murmura -t-elle.
Lucas n’eut pas l’occasion de lui répondre, trois coups fermes retentirent à la porte. L’homme et la femme échangèrent un regard inquiet. Trois nouveaux coups se firent entendre, suivis d’ une voix fébrile: _ Chisna tu es là? Lucas alla ouvrir la porte.
Un homme blond de grande taille occupait l’encadrement, il entra sans même y être invité.
_ Chisna, enfin te voilà!
La jeune femme scrutait les traits du visage de l’inconnu, sans qu’aucune étincelle de reconnaissance ne vienne éclairer ses yeux.
Esper se mit à grogner.
_ Votre chien est-il méchant? Oh ce n’est rien. Nous n’allons pas abuser plus longtemps de votre hospitalité. Tu viens Chisna, mère nous attend. Elle s’inquiète pour toi, tu sais bien qu’elle ne peut pas sortir par ce temps, elle m’a envoyé te chercher…
Esper grogna de plus belle.
L’inconnu lui lança un regard noir, le Husky se tut brusquement, comme sous le coup de la frayeur. Lucas ne savait comment réagir devant cette scène surréaliste. Chisna ne bougeait pas, complètement tétanisée.
_ Allons Chisna, nous devons y aller, le temps presse!
_ Non!
Le mot résonna à travers la pièce. Il était sans appel. Lucas le compris aussitôt, Esper grogna de nouveau et montra les crocs. La menace fantôme qui les avaient poursuivis quelques heures plus tôt, les avait rattrapés et prenait un visage, celle d’un homme dur et déterminé.
_ Parce que tu penses vraiment avoir le choix? L’inconnu avait un sourire sadique sur les lèvres et ses yeux flamboyants inspiraient la frayeur. Nul n’osa bouger, Esper près de Chisna, Lucas devant la porte close, ils restaient sans réaction. A sa merci. Il le savait, il s’en délectait…
_ Il fait frisquet ici, reprit l’homme qui s’amusait beaucoup… Il se dirigea vers la cheminée et plaça deux bûches supplémentaires dans l’âtre. L’inconfort se lut immédiatement sur le visage de Chisna. Elle s’affaiblissait au fur et à mesure que la chaleur envahissait la pièce.
Elle fond
se dit Lucas, comme la neige au soleil. Il agit instinctivement, et ce fut son geste qui les sauva. Il ouvrit la porte, pour laisser une vague de froid s’engouffrer dans le chalet. Un flot de neige se déposa sur le parquet de bois. Chisna s’approcha vivement de Lucas, pour entrer en contact avec la déferlante de fraîcheur envoyée par la tempête. Ses yeux devinrent aussi pales que deux cristaux de neige. Une fureur grandissante la rendait de glace et tous pouvaient sentir sa puissante aura.L’inconnu restait figé devant la cheminée. Il regardait Chisna, en évaluant ses chances. Le feu qui brillait dans ses yeux sembla soudain s’éteindre en signe de résignation. Ce qui se passa ensuite, Lucas ne le comprit pas vraiment: il vit l’homme sauter dans l’âtre brûlant et disparaître dans une épaisse fumée. Chisna sembla satisfaite, il en conclut que tout danger était écarté.
_ Que s’est-il passé? demanda-t-il hébété.
_ Ce cher Tobias nous a quitté, il a fui en prenant la forme de son élément vital: le feu…
_ Tout comme la neige est le votre…
_ Exactement. Tobias m’a surprise hors de mon palais de glace, dans cette forêt que j’aime beaucoup. Or, piégée dans cette enveloppe corporelle, j’ai été privée peu à peu de mes souvenirs et de ma substance neigeuse. J’ai pris la fuite, il m’a poursuivie. La neige et le froid l’ont bien sûr considérablement ralenti et grâce à votre aide, je lui ai échappé. Vous avez eu un bon réflexe en ouvrant la porte: l’air froid a eu l’effet d’un électrochoc sur ma mémoire, ce geste nous a sauvé.
_ Je ne suis pas sûr de tout comprendre.
_ Il n’y a rien à comprendre, juste a oublier…
Elle s’approcha de l’homme pour lui donner un baiser passionné et glacé…
Lucas se réveilla dans l’après midi avec un mal de tête terrible. Pourquoi? Il ne savait plus. Qu’avait donc -t-il fait après sa séance photo dans la clairière et comment était-il revenu? Il ne se souvenait de rien. Dans sa tête, la matinée se résumait à un passage blanc et froid.
Dehors la neige tombait calme et constante. Il jeta un œil par la fenêtre et fut pris par l’irrésistible envie d’aller à la clairière aux sapins. Il décida de s’y rendre, accompagné d’Esper. Tout était comme dans son souvenir…sauf peut être un détail…dans la neige se dessinait un étrange chemin. Il n’était pas le résultat d’un changement de niveau dans le sol, ni du passage des animaux. Il était bien trop droit et régulier pour être une œuvre naturelle.
Chaque jour Lucas retourna dans la clairière et chaque jour le chemin s‘y trouvait. Il avait la sensation que quelqu’un l’attendait et qu’il lui suffisait de l’emprunter pour combler sa solitude.
Il savait qu’un jour il le suivrait sans jamais se retourner…
Un joli conte avec toujours la même pointe de mystère et de merveilleux.
J'ai pris beaucoup de plaisir à le découvrir... merci pour cette belle histoire.
Bises
Liry

Quoiqu'il en soit, je me suis laissée bercer par ton histoire fantastique qui me laisse rêveuse.