Jour de neige…

L’aube descendait lentement sur la forêt ensommeillée. Les premières lueurs du jour dessinaient une aura délicate sur les branches et les cimes des arbres enneigées. Les animaux nocturnes avaient cessé leurs activités pour regagner leurs tanières et leurs nids, tandis que la vie diurne reprendrait bientôt ses droits. Un silence serein régnait sur les lieux, vague de quiétude d’une nature endormie, qui attendait patiemment que la pale lumière du jour vienne l’éveiller. Lorsque les rayons d’un soleil sans teint illuminèrent le tapis neigeux recouvrant le sol, ils diffusèrent à travers les troncs et branchages courbés sous le poids de la neige, un halo d’une blancheur éclatante et irréelle. En ces lieux empreints de pureté, le temps parut s’arrêter.

Lucas n’aurait manqué cet instant pour rien au monde. Chaque jour, il se levait aux aurores pour admirer ce merveilleux ballet de lumières blanches et d’ombres grises et bleutées. Peut lui importait l’air froid qui lui piquait les lèvres et le bout des doigts. Ce spectacle apaisait les plaies de son âme alanguie. Il venait y laver son esprit souillé par un quotidien urbain, formaté et répétitif. Il habitait depuis maintenant deux semaines, dans un chalet isolé, y menant une vie simple, loin de toute agitation, loin de sa famille également, mais pourtant bien plus proche de sa véritable nature. Seul Esper, son Husky l’avait suivi dans cette nouvelle aventure. Mélanie avait refusé cette existence sauvageonne, beaucoup trop différente de son mode de vie actuel. Le divorce s’était prononcé rapidement et sans encombres. Chacun reprenait possession de sa vie, tout simplement libre de suivre sa propre route. Entre ses errances au grand air et les heures d’écriture passées à la chaleur de la cheminée, ici il était enfin heureux.

Le chien et son maître aimaient gambader joyeusement dans la neige fraîchement tombée, laissant leurs empreintes sur la belle immaculée. Parfois les rires et les jappements brisaient le silence pendant quelques secondes. Une ondée de bonne humeur pénétrait l’atmosphère mystérieuse de la forêt et parvenait presque à lui communiquer une once de gaîté et de légèreté.

Lucas et Esper couraient à perdre haleine. Après un lapin ou après une chimère. Le but était sans importance. Seule comptait cette course insouciante, qui monopolisait toute leur énergie. Mais, elle exigeait aussi de l’homme la perte de tous repères spatio-temporels, l’arrêt du flot de ses pensées, l’oubli même de sa vie. Elle était le retour aux sources qui lui manquait pour mieux se retrouver, pour recommencer ce jeu, cette vie, cette quête infinie de bonheurs et de rêves.

Quand Lucas s’arrêta pour reprendre son souffle, seule subsista en lui l’ivresse, cette merveilleuse sensation d’être enfin en vie. C’est son corps qui le ramena à la réalité. Peu habitué à ce genre d’exercices, encore engourdi par ses anciennes habitudes citadines, principalement pantouflardes, il exprimait son exaspération par des douleurs vives, prenant la forme d’une multitude de petites brûlures qui le parcourait de part en part. Pourtant, il ne se décourageait pas et se disait qu’après quelques semaines à ce rythme, il parviendrait à dérouiller ses muscles récalcitrants. Le Husky, par contre,était totalement comblé par cette ballade matinale. Parfaitement à l’aise dans cet environnement naturel, il continuait de courir à droite et à gauche avec fougue. Parfois, il s’arrêtait pour regarder son maître d’un air joyeux, la gueule ouverte, la queue frétillante, visiblement en attente d’un autre jeu. Comprenant que celui-ci ne répondrait pas à cet appel, il s’éloigna dans la clairière pour continuer seul son escapade.


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