7h45. Je m’éveille lentement, à la lumière franche et vive du soleil d’août. Les bribes d’un rêve blanc m’accompagnent. Cette nuit, la neige a envahi mes songes les emplissant de fraîcheur et de pureté. Les flocons sont tombés un à un dans mon esprit ensommeillé. Ils y ont déposé un mince filet immaculé où chacune de mes pensées laisse à présent son empreinte. Si je pouvais suivre ces traces oniriques, peut être pourrais-je me remémorer mon voyage nocturne et retourner dans les lieux enchanteurs et glacés, où je me suis promenée.

Je dois essayer, me concentrer, visualiser… Encore immergée entre sommeil et éveil, je ferme énergiquement les yeux, pour ne pas sortir de l’état de semi conscience dans lequel je me trouve. Mes paupières restent closes. Pourtant dans mon esprit, le sens visuel reprend ses fonctions. Mon regard intérieur cherche des indices parmi les plus proches images- songes, les incarnations colorées de mes rêves présents et passés. Après un tri méticuleux, je distingue le paysage enneigé. J’ouvre la porte de l’image- songe et découvre les traces laissées par mes pensées. Parsemées, tels les cailloux du Petit Poucet, elles forment une ligne régulière auréolée par un halo de paillettes argentées. Brillant faiblement dans le crépuscule blême, ces petites balises dessinent un chemin, un guide spirituel qui me mènera dans le monde dont j’ai tantôt rêvé. J’entre dans l’image et m’approche d’une lueur que je reconnais, une lumière fantomatique aux relents tristes et blanchâtres. J’hésite. Dans ce monde mélancolique tout m’appelle et m’attire. Ces contrées glacées me fascinent. Ce sentiment aussi subit qu’irraisonné, voir même étrange à mes propres yeux, provoque en moi une angoisse latente et sournoise qui s’immisce tel un poison paralysant, pour m’empêcher d’accomplir la traversée du chemin blanc aux taches argentées.

Soudain, la bise se lève et m’envoie son souffle froid en guise d’invitation. Je saisis la main invisible qu’elle me tend. Je la suis…

La progression est lente, car j’avance avec prudence. Je ressens bientôt un tiraillement. Cela commence par une démangeaison, comme une plaie fraîchement cicatrisée, mais je ne sais où gratter. Des picotements suivent, dont l’intensité ne cesse de s’amplifier. Privée du corps qui m’abrite habituellement, je ne sais pas les localiser. Confuse, je me retourne pour trouver la source de cette douleur. Derrière moi, de drôles de fibres scintillantes s’étirent comme les fils d’une toile d’araignée. Elles partent de mon être désincarné et me lient à une réalité inaccessible, un point rendu flou par un éloignement trop important. Je perçois leur mouvement en les écoutant. Leur bruissement à peine perceptible traduit un tremblement léger et irrégulier. En les observant quelques minutes, je remarque qu’elles ne se contentent pas de bouger. Elles se transforment. Elles s’allongent et s’affinent. Elles se fragilisent...

Je m’arrête subitement, frappée par une évidence: ces fibres qui s’étendent comme une multitude de fils à linge narguant le ciel, me relient à une réalité corporelle, à une enveloppe faite de chair et de sang. Elles dépendent de la distance que je place entre mon esprit et mon corps. Leur élasticité a ses limites, aussi que se passera-t-il, si elles se brisent ?

Immobile, perdue sur le chemin de mes pensées, je n’ose plus marcher. Et si le prochain pas m’était fatal ! Quel est le risque de la séparation ? Puis-je me perdre à jamais dans cette image- songe, rester prisonnière de sa blancheur hivernale sans pouvoir m’éveiller et rejoindre mon corps laissé à l’abandon. Pour me mettre en confiance, la bise m’offre une caresse, une morsure aussi tendre qu’un baiser. Elle me tente et m’invite dans son antre incolore. Elle m’incite à regarder devant moi, au delà du chemin, par delà mes pensées. Je réponds à son appel, je tends chaque parcelle de mon esprit vers les étendues enneigées, vers la lueur pâle unifiant ciel et terre dans une même blancheur, vers la quiétude d’un silence mélodieux, vers le froid enivrant et purificateur.

L’enchantement est tel que je ne peux résister. J’avance, je me hâte, je cours même, saisie par une sensation d’extrême légèreté. Dans ma fuite, les fibres se réduisent à un fil unique qui se tend. De plus en plus fin, il perd sa substance devenant presque invisible, jusqu’à céder… Tout s’évanouit.

7h46 Le soleil d’une belle journée d’été m’éveille tout à fait.

 


publié dans : Ballades oniriques communauté : Les portes du merveilleux. ajouter un commentaire commentaires (8)   

Derniers Commentaires

qu'est ce qu'un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus