La lune et ses chimères
Délia était en proie aux affres du sommeil. Elle rêvait qu’un soleil de plomb aux rayons agressifs dominait le ciel, asséchant chaque centimètre assujetti à sa lumière, semant la mort et l’amertume. Elle sentait la chaleur courir sur sa peau. Il lui semblait qu’un millier d’aiguilles s’éparpillaient sur son corps nu. Son intense chaleur créait sur son passage de fines craquelures ainsi que d’odieuses boursouflures, preuve d’un dessèchement accéléré de son épiderme fragile. La douleur était à peine tenable…
Les végétaux qui se trouvaient à proximité n’échappaient pas à ce triste sort. Leurs teintes vertes faiblissaient peu à peu, perdant irrémédiablement leur vivacité. Ils se muaient en des formes improbables, ridées et décharnées, dont des nuances variaient entre l’ocre et le marron. Pas une fleur, pas un brin d’herbe ne lui résistait.
Soudain, Délia sentit le sol s’affaisser peu à peu. C’était à peine perceptible. Il perdait peu à peu sa consistance, se dispersant et s’émiettant sous ses pieds. La solidité de ses appuis disparaissait. Quand elle baissa les yeux, elle découvrit un tapis de sable fin aux tons beiges dorés. Le changement de ses repères terrestres était inquiétant , mais autre chose la terrifiait par-dessus tout: La rapidité de la transformation témoignait de l’œuvre d’une puissance sans limites. Elle voulut hurler sa peur, sa douleur et son désarroi, mais aucun son ne sortit de sa bouche, ses cordes vocales restèrent inactives. D’abord stupéfaite, elle comprit très vite que celles ci souffraient des mêmes séquelles de dessèchement que le reste de son corps. De toute façon, il aurait totalement été inutile de crier puisqu’elle était seule. Prenant subitement conscience de cette nouvelle donnée, elle se tourna et retourna frénétiquement, cherchant la moindre trace de vie dans ce paysage où ne régnait que mort et désolation. Elle ne découvrit pas âme qui vive. La solitude s’écrasa sur elle sans crier gare. C’était plus qu’elle ne pouvait en supporter. Elle ne résista pas plus longtemps face au poids de la souffrance qui pesait sur ces frêles épaules. Ce fut la chute. Vertigineuse. Désespérée. Libératrice ? Non, cruelle et ironique… L’atterrissage fut brutal et la laissa à genou sur un sable brûlant aux reflets dorés et éblouissants, à la surface ondulante dénuée de toute végétation.
« Cela n’aura donc jamais de fin ! » s’écria mentalement la jeune fille.
Les mains tendues vers le ciel, les yeux mi clos éblouis par la lumière excessive du soleil, elle s’adressa à son esprit pour un ultime cri désespéré, répétant inlassablement cette courte litanie comme d’autres auraient récité une prière: « Je n’ai pas peur, non je n’ai pas peur ! Ce n’est qu’un cauchemar, et je vais bientôt me réveiller dans mon lit… » Mais visiblement, rien ne pouvait diminuer l’angoisse latente de ce rêve qui lui semblait si réel. L’atmosphère y était si étouffante et oppressante, qu’elle suppliait son inconscient de lui donner le réveil libérateur qui mettrait fin à la torture et apaiserait ses souffrances.
Elle ne sut s’il avait entendu son appel et y apportait une réponse favorable. En avait-il seulement le pouvoir ? Elle vit un trou noir se former dans le sol .Elle s’engouffra dans cette gueule béante. Un vide incommensurable l’attira. Elle se sentit aspirée, avalée, désincarnée… Elle perdit toute perception de son corps pour ne garder conscience que de son moi profond. Paradoxalement, ce passage de la lumière à l’obscurité lui procura un immense bien être. Elle avait l’agréable sensation d’être enveloppée par une bulle protectrice. Peu lui importait de comprendre ce qui lui arrivait, seul comptait l’apaisement si ardemment appelé quelques secondes plus tôt.
Elle se laissa bercer par un murmure lointain qui lui disait que tout allait s’arranger… Elle s’endormit profondément dans un sommeil sans rêve, même si la sensation d’intense chaleur ne la quittait pas et que la soif commençait à la tenailler sérieusement.
Merci Katara pour ce joli compliment, il me touche beaucoup. Pour le lien, si ça ne te dérange pas j'en fais autant de mon côté.
Malka

Géraldine