« Je  t’aime » est au bout de toutes les lèvres, de toutes les pensées. Quelque soit l’âge, la couleur de peau ou la condition sociale, « je t’aime » ne fais pas de différence, pour chacun, il est là. Charmant,tendre ou passionné, maternel ou fraternel, sincère ou calculateur, il prend tous les visages. On le clame sur tous les tons et à tous les temps, mais de loin il préfère le présent.

« Je t’aime » est partout. Tiens justement à l’instant on le prononce dans une chambre d’enfant, au restaurant à la lueur d‘une bougie, dans un parc sur un banc, sur le quai d’une gare, dans une cour de récréation, sous l’abri de bus, dans un ascenseur en panne, sous un arbre centenaire, au rayon librairie d’un supermarché, dans une voiture, à vélo, sur une nationale, sur une route de campagne…

Une telle omniprésence le fatigue, le vide de tout sens. C’est pourquoi « je t’aime » voudrait s’arrêter quelque temps, juste prendre des vacances, histoire de reprendre un peu de couleurs, et retrouver la saveur de sa jeunesse, quand il se faisait plus rare et qu’ il se sentait quelqu’un d’important.

 ¾ De quoi te plains tu, lui disent les mots d’amour, ses collègues de travail, toi tu ne connaîtras jamais le chômage. Ce n’est pas le cas pour certains d’entre nous, qui seront mis au placard, oubliés et remplacés par d’autres mots bien plus jeunes et modernes. Toi tu défies le temps, tu ne prends pas une ride. »

« Je t’aime » a conscience de sa chance, mais il sait aussi qu’il n’a plus sa forme d’antan, on l’emploie à tord et à travers, on le vulgarise… non c’est décidé, il ne peut plus continuer ainsi… « Je t ‘aime » décide de tout lâcher, pour combler son mal-être et retrouver de vraies valeurs.

Les réactions ne se font pas attendre, c’est immédiatement la crise dans le monde affectif.

¾ Quoi! « Je t’aime » n’a pas le droit de s’arrêter ainsi, s’indigne le ministre des mots tendres, qui a eu vent de l’évènement. Que vont-ils pouvoir dire? « Je t’adore », ou plus probablement « je te kiffe »  ou  « je t’ai à la bonne », et allez savoir ce qu‘ils vont inventer d‘autre. Il faut trouver une solution! »

Le ministre convoque « je t’aime » pour une réunion de la plus grande importance et lui explique l’inconvenance de sa conduite.

Le mots d’amours, attendant leur collègue à la sortie du palais des mots, l’ont vu ressortir le visage triste, mais la tête haute.

« Je t’aime » a une mission à accomplir, quelques en soient les conséquences, nul autre ne peut le remplacer. Alors il continue, même si il sent ses forces diminuer au fil des jours.

Il ne sait combien de temps il tiendra avant de perdre totalement son identité. Il tient bon, tout en rêvant de pouvoir prendre une retraite bien méritée, et de rejoindre le club très fermé des mots désuets.


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